Dr Régine Bousquet-Rouaud
ADEESSE Marseille
CONGRES du 11 et 12 Novembre 2011

TRAITEMENT DU CORPS PAR LASERS ET RADIOFREQUENCE

Régine Bousquet-Rouaud
Longtemps caché, le corps fait aujourd’hui l’objet d’une demande de plus en plus formulée et insistante de la part de nos patients hommes ou femmes car cette interface avec le milieu extérieur ne représente pas seulement une enveloppe protectrice mais un symbole de l’individu, une image reflétant la bonne santé et la jeunesse.
Donc notre enveloppe reste notre plus belle parure…

Initialement, le dermatologue  s’est attaché à traiter les troubles de couleurs tels que rougeurs du visage du cou et du décolleté, varicosités des membres inférieurs, taches pigmentées disgracieuses. Actuellement, les progrès techniques sont tels que les plans profonds peuvent être traités : relâchement de la peau, surcharge graisseuse, cellulite. Ainsi, nos connaissances du fonctionnement profond de la peau ont-elles été exploitées pour stimuler les processus de réparation des fibroblastes dans le  derme mais aussi dans l’hypoderme, repoussant de plus en plus loin les limites de nos possibilités thérapeutiques.
En Amérique du Nord, les procédures non chirurgicales représentent désormais 80% des procédures en esthétique.

Notre responsabilité est de proposer des moyens thérapeutiques efficaces, sûrs et planifiés dans le temps. Car le dermatologue connaît la peau, ses capacités de défense et à contrario, ses réactions parfois néfastes
Nos progrès actuels sont le fruit d’une recherche active et d’une coopération entre physiciens, industriels et dermatologues passionnés…

Principe

L’idée est simple : 
l’application à la surface de la peau de particules de lumière, de longueurs d’ondes variables, de temps d’impulsion différents crée une énergie thermique qui diffuse dans le derme et les tissus sous-cutanés, induisant entre autres, dans les fibroblastes, « cellules reine » de l’organisme et de la peau en particulier, une fabrication de fibres de collagène et de fibres élastiques de bonne qualité.
 Nos résultats cliniques, appréciés par les photographies, certes sujettes à caution, ont été confirmés par des techniques objectives telles que les échographies de la peau et les biopsies de peau.
 
Initialement, les effets bénéfiques de l’application d’une source lumineuse à la peau avaient été notés pour le relissage au laser ablatif CO².
En effet, lorsque le collagène est chauffé à 65-75 °C, la triple hélice formant le collagène est dénaturée avec une contraction secondaire et formation de polymères plus courts.  Il en résulte une activation des fibroblastes et une déposition de nouveau collagène.
Cependant, les caractéristiques de la peau  du corps et ses capacités de cicatrisation sont différentes de celles du visage et du cou du fait de la réduction en unités pilo-sébacées; l’utilisation des lasers ablatifs induisant des températures élevées et une désépidermisation  n’est donc pas conseillée.
Les techniques non ablatives ont progressé et il est démontré qu’elles produisent le même effet de stimulation des fibroblastes.
L’épaisseur de la peau du corps impose d’utiliser des lasers infrarouges et proches infrarouges, dont la longueur d’ondes est plus élevée et donc la pénétration plus profonde.
Actuellement le laser le plus utilisé, car très efficace et d’une grande sécurité,  est  le FRAXEL : il  délivre des impacts en mode fractionné permettant de traiter toutes les zones du corps car, par séance,  20 à 35 % de la surface cutanée sont traités  par les  « micro zones thermiques »  de quelques  centaines de microns.
Pour traiter les plans profonds ces lasers peuvent être associés à la radiofréquence.

La Radiofréquence (RF)

La radiofréquence  est une énergie électromagnétique qui varie de 3 kHz à 7 MHz pour les derniers appareils du marché. Les ondes  de radiofréquence ne ciblent  aucun chromophore, contrairement aux Lasers et Lumières pulsées; l’application de Radiofréquence sur la peau entraîne une vibration électronique qui produit également une quantité de chaleur dépendant de l’intensité du courant, du temps et de l’impédance des tissus, donc de leurs  propriétés électriques (loi d’Ohm). L’avantage de la RF est de pouvoir descendre dans les plans profonds, tout autant que les structures traversées soient protégées.

Les progrès

L’évolution de toutes nos techniques  se fait délibérément vers la sécurité, en proposant des appareils qui ont fait l’objet de travaux reproductibles par des équipes différentes et en limitant le risque de cicatrices et d’infection en post acte.
La prise en compte de la douleur, des effets secondaires et en particulier de l’indisponibilité socioprofessionnelle, fait que, les traitements sont réalisés en plusieurs séances, selon des techniques dites « fractionnées » où l’on traite par micro zones, en respectant les structures impliquées dans le processus de réparation de la peau que sont les follicules pilo-sébacés.

Les indications

Il faut distinguer l’aspect de la peau : les troubles de la couleur, rougeurs, varicosités, hyperpigmentation et leur nature dermatologique, mais aussi la texture, la perte d’élasticité, le degré de finesse et de déshydratation, le relâchement des plans profonds, la surcharge graisseuse associée. 
Les indications sont très nombreuses et les particularités techniques seront abordées pour chaque zone:
-décolleté et cou : risque cicatriciel important et utilisation de fluences plus faibles et de lasers fractionnés non ablatifs, lasers vasculaires et pigmentaires  largement utilisés
-mains : même problème et traitement combiné aux injectables pour hydrater et volumer 
-coudes et genoux : hyperlaxité et surcharge graisseuse associées d’où l’utilisation de laser non ablatifs et de RF.
-bras : relâchement des plans profonds nécessitant des machines puissantes
-face interne des cuisses
-cellulite: le degré de fibrose ou d’infiltration, l’importance du pannicule adipeux conditionnent le type de machine à utiliser.

Les appareils disponibles

Les différents appareils commercialisés, leur association dans le temps et les  programmes de traitement selon les zones du corps, font toujours débat…

Les lasers appliqués en externe

- Le GentleYag® 1064nm, long pulse
- Le Titan®: 1100-1800nm
- Le Smoothbeam®: 1450 nm, limité aux zones de petite taille car les spotssont  de 6  mm
- Le Smoothshape®: aspiration, 915nm et 650 nm.

La Radiofréquence


- Le Thermage®  est le premier appareil de radiofréquence mono polaire développé; il a obtenu l’agrément de la FDA en 2002 pour la remise en tension cutané du visage, du cou et du corps.

- Le Velashape®  est une  RF bipolaire associée à l’aspiration et aux lasers IR.  L’application  du laser IR préchauffe le tissu cible et modifie l’impédance c'est-à-dire la conductivité, permettant une meilleure pénétration du courant  de RF.

Autres appareils de Radiofréquence : Tripollar® (Regen), Aluma®  (Lumenis), Accent XL®  et Accent XL®  (Bio Tech Medical Technomogies). La liste n’est pas  exhaustive.

Les ultrasons et la cryolipolyse agissent sur les surcharges graisseuses modérées et localisées mais sont un réel apport dans notre arsenal thérapeutique.

Protocole de traitement

Le nombre de séances varie de 1 à 15 séances en fonction de l’ancienneté et de l’importance des signes et des machines utilisées….

La surcharge graisseuse profonde n’est pas une indication de ces techniques qui restent superficielles.

Les séances d’entretien sont conseillées une à deux fois par an selon l’âge.
Un comportement raisonné vis-à-vis du soleil et des facteurs de risque de vieillissement est conseillé.

Les résultats

Rapides (1 à 2 mois), pour tout ce qui concerne les altérations superficielles de couleur grâce à des lasers pigmentaires et vasculaires ultra perfectionnés, plus lents pour les rides et ridules et l’hyper laxité: on obtient une diminution significative des irrégularités de surface et une amélioration de la texture et de la laxité de la peau en 3 à 6 mois.
Selon les zones du corps, le nombre de séances est très variable: la réponse est meilleure pour l’abdomen, tardive pour la face interne des bras où le photo vieillissement est majeur et s’associe à l’hyper laxité musculaire.

La gestion des attentes des patients est capitale…
Il est donc indispensable de pouvoir planifier le programme de traitement.

L’évaluation de nos traitements par des techniques précises telles que l’échographie de haute résolution  a montré une amélioration du derme et de l’hypoderme.
La résonance magnétique nucléaire est également une technique prometteuse pour évaluer l’efficacité de nos appareils.
Les histologies de peau démontrent le potentiel de réparation de la peau avec création de nouvelles fibres de collagène et de fibres élastiques  à nouveau fonctionnelles.

Conclusion

Le rôle du dermatologue, spécialiste de la peau, est de choisir parmi les techniques disponibles celles qui seront les plus sûres, les plus efficaces mais la prolifération des machines sur le marché nécessite une mise à niveau des connaissances très régulière et une vigilance accrue.
L’hyperspécialisation du dermatologue en esthétique doit passer par un approfondissement des connaissances fondamentales, bases de nos progrès car connaître les capacités de la peau, ses processus profonds de réparation sont les garants de notre efficacité dans les traitements à venir.

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